A l’occasion de la sixième édition du #challengeAZ, animée par la communauté des généalogistes, archivistes et autres passionnés d’histoire, j’ai décidé en ce Centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918 de partager quelques-unes des 600 biographies des Morts de la Grande guerre des communes de Romorantin et Lanthenay. Elles sont tirées du bulletin spécial de la Société d’art, d’histoire et d’archéologie de la Sologne dont je suis l’auteur (n°201, 4ème trimestre 2015, toujours en vente à Romorantin-Lanthenay). Ce projet avait reçu le label de la Mission du Centenaire de la première guerre mondiale.

La fratrie IMBRECQ dans la Grande Guerre

Des cinq frères IMBRECQ, tous en âge de combattre, deux furent faits prisonniers et deux autres furent tués au combat au cours de la Grande Guerre.

Georges Lucien IMBRECQ est né le 4 mai 1895 à Margny-lès-Compiègne (Oise). Il est le fils de Valentin Fulgence IMBRECQ (56 ans, percepteur des contributions directes) et de Julie Caroline DUPONCHEL (42 ans, sans profession). Abbé du diocèse de Blois (Loir-et-Cher), il est élève du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). « Lors de la déclaration de guerre, il était en vacances chez sa sœur Jeanne, à Nevers. Prenant sa bicyclette, il fit quinze kilomètres pour s’engager, les trains étant interdits aux civils. Il arriva à Romorantin où on lui dit qu’il devait attendre l’appel de sa classe ». Au moment de son recensement au titre des obligations militaires (classe 1915, bureau de Blois, matricule 1721), il était étudiant en philosophie et résidait à Romorantin. La classe 1915 ayant été appelée par anticipation dès le 15 décembre 1914 (au lieu d’octobre 1915), Georges Lucien IMBRECQ prend part à la campagne contre l’Allemagne à partir du 20 décembre 1914 en qualité de soldat au sein du 149ème RI. Il part au front en mai 1915. Il est évacué blessé le 1er juin 1915 (blessures légères à la tête) avant d’être envoyé à l’hôpital de Libourne (Gironde) où il est victime d’une épidémie de scarlatine. Il est successivement affecté au sein de différentes unités d’infanterie et promu aux grades de caporal (1916) puis de caporal-fourrier (1917). Au cours de cette période, il est blessé par balle (plaie superficielle du genou gauche) le 2 juillet 1916 à Verdun (Meuse). Caporal-fourrier affecté au sein du 340ème RI, 21ème compagnie, Georges Lucien IMBRECQ est blessé par éclat d’obus le 27 avril 1918 à la cote 93 (Somme). Ses blessures sont nombreuses : « plaies multiples de la face (arcade sourcilière gauche), de la main, de la jambe gauche et du pied droit ». Il décède des suites de blessures de guerre le 28 avril 1918 dans la commune de Cempuis (Oise), ambulance n°7/13.

Si le témoignage de son neveu, publié dans l’ouvrage de Pierre MIQUEL, Les hommes de la Grande Guerre – histoires vraies, apporte quelques précisions sur les circonstances de son décès, on ignore quelles sont les sources à partir desquelles ce récit a pu être écrit : « sa compagnie n’a plus que sept hommes en état de porter les armes. Chaque nuit, elle remet en état les positions, colmate les brèches. Les hommes, épuisés, meurent de faim et de soif, car le ravitaillement ne suit pas. Georges se dévoue. Il part en corvée de ravitaillement. Les roulantes sont à l’arrière, à trois kilomètres des lignes. Les ravins puent l’ypérite. Les sentiers sont « marmités ». Georges progresse à travers les barrages d’artillerie. Il veut arriver coûte que coûte. Il est en vue de la roulante. Il aperçoit sa cheminée qui fume. A cinq ou six mètres, quand il tend déjà les bidons et les gamelles, il est atteint par les éclats d’un obus tombé tout près. Les marmites qu’il tenait encore à la main sont percées de mille trous. Lui-même est atteint à la cheville, à la jambe, aux bras, aux mains. Il a deux blessures graves à la tête. Il agonise pendant dix-huit heures. Il meurt, le 28 avril à la veille de ses vingt-trois ans ».

Son acte de décès est dressé le 28 avril 1918 avant d’être transcrit le 18 juillet 1918 dans le registre des décès de la mairie de Romorantin. Sa famille est prévenue trois semaines après son décès. Georges Lucien IMBRECQ est inhumé à Beauvais (Oise) dans la nécropole nationale « Marissel » (tombe individuelle, numéro 390). Célibataire, il résidait à Romorantin.

Décoré à titre posthume de la médaille militaire, Georges Lucien IMBRECQ est également titulaire de la Croix de guerre avec une étoile de bronze et une étoile de vermeil : « brave et excellent soldat, donnant en toutes circonstances la valeur de son dévouement. Mort glorieusement pour la France, le 28 avril 1918 ». Il a également été cité à l’ordre de la brigade le 22 juillet 1916 : « a donné un bel exemple de courage et de mépris du danger en se portant le 27 juin à l’assaut des tranchées ennemies et a contribué à l’organisation de la position conquise, malgré un bombardement incessant d’une violence inouïe et plusieurs contre-attaques ». Le parcours de Georges Lucien IMBRECQ figure dans le Tableau d’honneur, morts pour la France : guerre de 1914-1918 publié en 1921 : « après avoir fait toute la campagne, à Carency, à Verdun, en Italie (Mont Tomba), et avoir été deux fois blessé et cité, il arrivait avec son régiment sur la Somme pour arrêter la nouvelle ruée des Allemands quand il fut, le 28 avril 1918, tué par un éclat d’obus ».

Le nom de Georges Lucien IMBRECQ figure sur le monument aux morts de la commune de Romorantin, sur la plaque commémorative posée dans le hall de l’hôtel de ville et le monument érigé dans l’église Saint-Etienne (Romorantin). Il figure également dans le projet de livre d’or de la commune ainsi que sur le monument aux morts du Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux.

Sépulture de la famille DUPONCHEL-IMBRECQ, cimetière Saint-Roch, Romorantin
Sépulture de la famille DUPONCHEL-IMBRECQ, cimetière Saint-Roch, Romorantin

Pierre Paul IMBRECQ est né le 2 novembre 1876 à Auneuil (Oise). Il est le fils de Valentin Fulgence IMBRECQ (38 ans, percepteur) et de Julie Caroline DUPONCHEL (24 ans, sans profession). Au moment de son recensement au titre des obligations militaires (classe 1896, bureau de Compiègne, matricule 866), il était étudiant et résidait à Margny-lès-Compiègne (Oise). Père de 3 enfants au moment de son décès, il avait épousé Louise Henriette DUCOLOMBIER le 26 octobre 1905 à la mairie de Privas (Ardèche). Dans l’armée territoriale au moment de la mobilisation, Pierre Paul IMBRECQ est rappelé à l’activité par le décret du 1er août 1914 portant mobilisation générale. Il prend part à la campagne contre l’Allemagne à partir du 7 août 1914 en qualité de sergent (1899) au sein du 66ème RIT. Sergent affecté au sein du 268ème RI après le 4 décembre 1914, Pierre Paul IMBRECQ est tué à l’ennemi le 10 décembre 1914 dans la commune de Zonnebeke (province de Flandre-Occidentale, Belgique) alors qu’il inspectait une tranchée ennemie.

Si le témoignage de son neveu, publié dans l’ouvrage de Pierre MIQUEL, Les hommes de la Grande Guerre – histoires vraies, apporte quelques précisions sur les circonstances de son décès, on ignore quelles sont les sources à partir desquelles ce récit a pu être écrit : « Le 5 [décembre 1914], le régiment monte en ligne, à Zonnebeke. Dans la tranchée, Pierre combat du 7 au 10 contre un ennemi acharné. Le 10, il est atteint d’une balle en pleine tête. Il n’avait pas encore de casque. Les Français combattaient avec, en guise de couvre-chef, une casquette de carton bouilli. La plupart des blessés l’étaient à la tête. Les victimes de cette dure bataille ont été enterrées dans un ossuaire. On ne sait pas au juste si le corps de Pierre-Paul a été relevé (…). Aucune tombe militaire en Belgique ne porte son nom. Le terrain a été bouleversé de fond en comble par les bombardements d’artillerie ».

Son acte de décès est dressé le 15 décembre 1914 avant d’être transcrit le 5 juin 1916 dans le registre des décès de la mairie de Loches (Indre-et-Loire). L’information est publiée dès le 17 janvier 1915 dans le journal L’Echo de la Sologne : « Nous apprenons le décès de M. Pierre-Paul IMBRECQ, sergent au 268ème de ligne, décédé près d’Ypres, atteint d’une balle en plein front. Nous extrayons de la lettre du capitaine du sergent IMBRECQ les paroles élogieuses suivantes : … Comme la plupart de ceux qui trouvent la mort dans nos tranchées, c’est à la tête qu’il a été touché par une balle. Il a été enterré près de la tranchée, à environ 5 à 600 mètres au Sud-Est du polygone de Zonnebeke, près Ypres. Nous n’avons pas d’aumônier avec nous en première ligne ; il n’a donc pas pu recevoir les secours de la religion. D’ailleurs, comme je vous le dis plus haut, la mort a été instantanée. C’est le 10 décembre vers midi, que ce malheur est arrivé. (…). Le sergent IMBRECQ était depuis quelques jours à peine à ma compagnie, mais je le considérais déjà comme un de mes meilleurs sous-officiers. Il est mort en brave, face à l’ennemi. … Puisse la certitude de la belle mort de ce vaillant sous-officier servir de consolation à la famille IMBRECQ, à qui nous adressons nos bien vives condoléances ». Pierre Paul IMBRECQ résidait à Loches où il était contrôleur des contributions directes.

Le nom de Pierre Paul IMBRECQ figure sur le monument aux morts de la commune de Romorantin, sur la plaque commémorative posée dans le hall de l’hôtel de ville et le monument érigé dans l’église Saint-Etienne (Romorantin). Il figure également sur le monument aux morts de la commune de Loches.

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