A l’occasion de la sixième édition du #challengeAZ, animée par la communauté des généalogistes, archivistes et autres passionnés d’histoire, j’ai décidé en ce Centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918 de partager quelques-unes des 600 biographies des Morts de la Grande guerre des communes de Romorantin et Lanthenay. Elles sont tirées du bulletin spécial de la Société d’art, d’histoire et d’archéologie de la Sologne dont je suis l’auteur (n°201, 4ème trimestre 2015, toujours en vente à Romorantin-Lanthenay). Ce projet avait reçu le label de la Mission du Centenaire de la première guerre mondiale.

Le témoignage des frères d’armes auprès de la famille

Léon LIGER est né le 24 décembre 1885 à Lailly-en-Val (Loiret), au domicile de Marie BEAUDEAU (sage-femme), le bourg. Il est le fils de père non dénommé et de Rosalie LIGER (23 ans, domestique). L’enfant a été reconnu par sa mère le 11 janvier 1886 à la mairie de Lailly-en-Val. Il est incorporé au sein du 5ème RIC en qualité d’engagé volontaire pour une durée de 5 ans le 12 janvier 1905 à la mairie de Blois (Loir-et-Cher). Au moment de son recensement au titre des obligations militaires (classe 1905, bureau de Blois, matricule 637), il résidait à Courmemin (Loir-et-Cher) et exerçait la profession de domestique. Père d’un enfant au moment de son décès, il avait épousé Renée Fernande BODIN le 22 septembre 1913 à la mairie de Lanthenay. A l’issue de sa période d’engagement, Léon LIGER se rengage en 1908 pour une durée de cinq ans avant de faire carrière dans l’armée.

Le 28 juillet 1914, avant même l’ordre de mobilisation générale du 1er août 1914 puis la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, Léon LIGER témoigne de l’atmosphère générale d’une caserne parisienne : « me voici redevenu soldat une fois de plus, et ma foi, je ne vous cache pas que je préférerai être à lier du blé à la Malicorne que d’être à Paris à faire le Jacques avec un fusil sur l’épaule (…) On a commencé par rappeler les officiers et sous-officiers en permission, et hier on a rappelé tous les soldats qui commencent à rentrer. Toutes les troupes sont convoquées dans les casernes depuis lundi matin. Hier soir, ordre a été donné de faire mettre tout le monde en tenue de campagne prêt à partir. On ne fait plus aucun exercice, sauf la garde. Tous les officiers sont présents à la caserne en permanence. Ce matin, on a distribué les vivres de réserve et les cartouches. Les voitures de compagnies et voitures médicales sont chargées dans la cour et prêtes à partir. Hier soir à 8 heures, le lieutenant chargé de la mobilisation est venu me demander si je voulais bien aller lui donner un coup de main. On lui avait dit que je connaissais un peu ce truc-là. J’ai passé toute ma nuit le nez sur la machine à écrire à faire des ordres de réquisitions, des ordres de routes et des feuilles de transport. Le Colonel est venu nous rendre visite à minuit et nous a dit de terminer cela au plus vite. J’ai quitté le bureau à 9 heures ce matin depuis 8 heures hier soir ». Le vendredi 31 juillet au matin, Léon LIGER écrit à sa mère : « avant de partir, je tenais à vous recommander d’être courageuse, chère mère, vous êtes bien affligée, je le sais, mais vous devez savoir qu’il le faut, que ce sacrifice est nécessaire, et que toutes les mères de France sont dans le même cas. Mais ayez confiance, chère mère, nous vous reviendrons, et ce sera la joie dans les yeux que nous nous jetterons dans les bras en vous disant nous voici de retour, nous avons eu la victoire (…), nous avons tous fait notre devoir ». Dans l’armée active au moment de la mobilisation, il prend part à la campagne contre l’Allemagne à partir du 2 août 1914 en qualité de sergent (1912). Promu au grade d’adjudant le 4 septembre 1914 au sein du 46ème RI, 7ème compagnie, Léon LIGER est tué à l’ennemi le 8 septembre 1914 dans l’ancienne commune de Mussey, actuelle commune de Val-d’Ornain (Meuse).

Sans nouvelle de sa part, vraisemblablement en novembre 1914, ses proches parmi lesquels son épouse domiciliée au lieu-dit « la Malicorne » à Lanthenay adressent une demande de renseignement à l’agence internationale des prisonniers de guerre. Plusieurs témoignages de soldat du 46ème RI ont été portés à la connaissance de sa famille entre 1914 et 1916. Dans une lettre écrite le 30 décembre 1914 à l’hôpital auxiliaire de Mèze (Hérault), Marcel COTTIN décrit : « nous nous sommes trouvés attaqués. Cela a peut-être duré 20 minutes. Comme j’étais blessé, je suis monté sur le cheval du capitaine et je suis parti (…). A ce moment-là, ce pauvre homme était encore là. Si courageux et si brave, gentil avec ses hommes, tout le monde l’aimait comme un frère ». Dans une autre lettre écrite le 10 octobre 1915, Marcel BEAUGENEAU complète : « l’adjudant LIGER est tombé le 8 septembre à Vassincourt, à quelques kilomètres de Mussey, très grièvement blessé d’une balle dans le dos qui a dû lui toucher la colonne vertébrale au moment où la compagnie battait en retraite et qu’il se portait au secours du capitaine grièvement atteint. En nous retirant, nous n’avons pu sauver aucun blessé. Tous ont été obligés de rester sur le champ de bataille pendant plus de quatre jours sans soin, sous les obus et la pluie. Beaucoup ont été achevés par les éclats d’obus (…). Quant à l’adjudant LIGER, je l’ai vu tomber non loin de moi (…) L’endroit où il est tombé se trouve à peu près à 100 mètres du village, côté opposé de Mussey, non loin d’un carrefour où il y a une croix et quelques arbres ». Des recherches ont été entreprises afin de retrouver la sépulture de Léon LIGER à l’automne 1916 : « le maître d’école [de Vassincourt] et moi avons parcouru le champ de bataille ; nous n’avons rien pu trouver d’absolument authentique. Une tombe près de Mussey porte comme inscription un adjudant du 46ème mais aucun nom ». L’auteur de la lettre écrite à sa mère le 9 novembre 1916, qui n’a pu être identifié, déplore : « au début, tout a été mal fait et il faut attendre pour exhumer les tombes ». A l’issue du conflit et en l’absence d’un acte officiel, un jugement déclaratif de décès est rendu par le Tribunal civil de Romorantin le 30 janvier 1920 avant d’être transcrit le 20 février 1920 dans le registre des décès de la mairie de Romorantin. Léon LIGER résidait à Romorantin.

Le samedi 14 novembre 1914, à 10 heures 30, un service funèbre fut célébré dans l’église Saint-Aignan (Lanthenay) pour le repos de l’âme de Léon LIGER « tué à l’ennemi, aux batailles de l’Argonne, entre le 6 et le 10 septembre 1914 ».

Le nom de Léon LIGER figure sur le monument aux morts des communes de Romorantin et de Lanthenay, la plaque commémorative posée dans le hall de l’hôtel de ville de Romorantin, le monument érigé dans l’église Saint-Etienne (Romorantin) et la plaque commémorative posée dans l’église Saint-Aignan (Lanthenay). Il figure également dans le projet de livre d’or de la commune de Romorantin.

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