A l’occasion de la sixième édition du #challengeAZ, animée par la communauté des généalogistes, archivistes et autres passionnés d’histoire, j’ai décidé en ce Centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918 de partager quelques-unes des 600 biographies des Morts de la Grande guerre des communes de Romorantin et Lanthenay. Elles sont tirées du bulletin spécial de la Société d’art, d’histoire et d’archéologie de la Sologne dont je suis l’auteur (n°201, 4ème trimestre 2015, toujours en vente à Romorantin-Lanthenay). Ce projet avait reçu le label de la Mission du Centenaire de la première guerre mondiale.

« J’écris ces mots pour vous annoncer une triste nouvelle »

Désiré VILLEDIEU est né le 25 novembre 1879 à Lanthenay, lieu-dit « la Moskowa ». Il est le fils d’Etienne VILLEDIEU (36 ans, vigneron) et d’Armandine VACHER (38 ans, sans profession). Au moment de son recensement au titre des obligations militaires (classe 1899, bureau de Blois, matricule 377), il résidait à Lanthenay et exerçait la profession de vigneron. Père de 2 enfants au moment de son décès, il avait épousé Eugénie Armandine VICTOR le 13 octobre 1906 à la mairie de Romorantin. Dans l’armée territoriale au moment de la mobilisation, Désiré VILLEDIEU est rappelé à l’activité par le décret du 1er août 1914 portant mobilisation générale. Il prend part à la campagne contre l’Allemagne à partir du 3 août 1914. Soldat affecté au sein du 31ème RI depuis le 7 octobre 1914, 12ème compagnie, Désiré VILLEDIEU est blessé avant d’être porté disparu le 20 décembre 1914 au lieu-dit « la Haute Chevauchée » (Meuse). Un secours de 150 francs a été accordé à sa veuve le 23 novembre 1917.

Dans sa dernière lettre envoyée à son épouse, datée du 17 décembre 1914, Désiré VILLEDIEU écrit : « nous avons quitté les tranchées de première ligne ce matin et nous sommes pour quelques jours en arrière ; nous irons probablement dans un petit pays ensuite pendant 3 ou 4 jours. Si seulement nous allions à Paris ensuite, nous n’en serions pas fâchés car nous commençons à en avoir assez ». Sans nouvelle de sa part depuis le 17 décembre 1914, vraisemblablement en janvier 1915, son épouse domiciliée au lieu-dit « les Sables » à Lanthenay adresse une demande de renseignement à l’agence internationale des prisonniers de guerre. Dans une lettre écrite le 24 juin 1915, le caporal Georges LEJOUX (31ème RI) l’informe des circonstances précises du décès de son mari : « je vous écris ces deux mots pour vous annoncer une triste nouvelle que, vous n’ignorez sûrement pas depuis longtemps c’est-à-dire depuis la fin décembre sur le sort de votre pauvre mari, que l’on vous a annoncé comme grièvement blessé. Oui, c’est vrai, mais hélas, ça été son dernier soupir, il n’a pu faire que réclamer sa pauvre femme et cela a été fini. Je peux vous le donner pour sûr car il était à mon commandement à la bataille de la Haute Chevauchée, c’est-à-dire au Plateau de Bolante le 20 décembre 1914, où moi j’ai été blessé aussi le 20, peut-être dix minutes après. Et maintenant son corps repose au cimetière nommé à l’abri de l’Etoile. Je me suis vu dans l’obligeance, ma chère dame de vous l’annoncer parce que je savais que vous n’avez pas reçu l’acte de décès et que pendant ma convalescence, on m’a prié de vous le dire et que je ne pouvais pas ce jour-là parce que j’étais dans un lieu impossible. Et après réflexion faite, il m’était impossible de vous laisser dans l’embarras du sort de votre mari qui était trop douloureux à dire. Je peux vous dire aussi qu’il n’a pas souffert (…) ». A l’issue du conflit et en l’absence d’un acte officiel, un jugement déclaratif de décès est rendu par le Tribunal civil de Romorantin le 28 mai 1920 avant d’être transcrit le 8 juin 1920 dans le registre des décès de la mairie de Lanthenay. Désiré VILLEDIEU est inhumé à Vienne-le-Château (Marne) dans la nécropole nationale « La Harazée » (tombe individuelle, numéro 346). Il résidait à Lanthenay.

Décoré à titre posthume de la médaille militaire, Désiré VILLEDIEU est également titulaire de la Croix de guerre avec une étoile de bronze : « brave soldat, courageux et dévoué. Tombé glorieusement au champ d’honneur le 20 décembre 1914 à la Haute-Chevauchée ».

Le nom de Désiré VILLEDIEU figure sur le monument aux morts de la commune de Lanthenay, sur la plaque commémorative posée dans l’église Saint-Aignan (Lanthenay) ainsi que dans le projet de livre d’or de la commune.

Pour en savoir plus : Philippe et Marie-France CASTELAIN, Paroles d’un poilu solognot, bulletin de la S.A.H.A.S. n°163, 1er trimestre 2006, pp. 28-67

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